Cible 2 : La famille

Sans doute parce que notre équipe, cette année, est très impliquée dans des recherches qui traitent de la famille, nous nous attendions à ce que le facteur familial ayant le plus d’impact sur la réussite scolaire au primaire soit la question de la participation des parents à l'école. Il n'en est rien : le premier facteur familial qui explique la réussite scolaire au primaire, dans l'ensemble des 85 notices dépouillées pour analyser la cible 2, est le statut socioéconomique des familles. Plus d'une vingtaine de documents, donc près de 20 %, en traitent. Cinq s'inscrivent dans la catégorie Études québécoises et canadiennes et forment le tiers de tous les documents de cette catégorie, même si ce facteur n'est pas le premier au Québec mais qu’il l’est au Canada. Le traitement de ce facteur est excessivement varié, avec des données souvent originales. À titre d'exemple, quand des auteurs canadiens comme Adams (1999, 2000) ou Ryan (1999) et bien d'autres (Pagani et coll., 1997 et 1999; Willie, 2001) analysent l'impact du revenu de la famille sur les devoirs ou sur la relation parent-enfant, ils raffinent la définition de ce facteur en tenant compte, par exemple, de la durée de la pauvreté, du moment où elle s'est produite, de son impact sur la structure familiale, sur le temps consacré aux enfants, etc. D'autres, toujours en privilégiant le statut socioéconomique de la famille comme explication de la réussite, analysent la question de la scolarisation des parents (Lauzon, 2001 : un mémoire de maîtrise passionnant), les conditions de travail des parents (Heymann, 2000) ou le problème des déménagements (Whright, 1999; Tucker, 1998), etc., et surtout, le lien du statut socioéconomique de la famille avec une autre variable majeure, soit le rapport des parents au savoir scolaire et à l'école.

Ce rapport ne se manifeste nulle part aussi bien que dans le facteur de l’aide aux devoirs. Un grand nombre d'articles lui sont consacrés et en fait, dans la littérature anglophone non canadienne, c'est le principal facteur de la cible 2 (Cooper, 2001). On le trouve aussi chez une demi-douzaine d'autres auteurs du Portugal et du Luxembourg (Villa-Boas, 1998), en passant par la Grande-Bretagne (West, 1998) ou Puerto Rico (Delgado, 1998). Les conditions de réalisation des devoirs à la maison sont, avec la pauvreté, le facteur le plus populaire pour expliquer la réussite scolaire au primaire. « Qui aide aux devoirs? » demande Vézina (2001) Les femmes, selon elle, mais aussi la fratrie (Crul, 1999), formant ainsi un projet familial. L'implication des parents dans le travail scolaire devient l'enjeu de la réussite des enfants et même de l'harmonie familiale à travers les interactions et la communication suscitées entre parent et enfant, autre facteur de réussite scolaire (Adams, 1998, 2000). Le thème est chaudement discuté puisque que certains auteurs très sérieux vont jusqu'à critiquer les devoirs comme facteur trop important de la réussite et décrètent que les devoirs n’aident en rien (Begley, 1996). Perkins avance même, en 2000, que le facteur de l’aide aux devoirs pourrait être une épée à double tranchant.

Des développements intéressants existent aussi dans le traitement d'un autre facteur : le statut civil des adultes de la famille. Jusqu’à maintenant, il semblait y avoir un consensus favorisant la biparentalité comme plus propice à la réussite que la monoparentalité (CSIM, 1998). Les études américaines et canadiennes examinent l'ensemble de toutes les variations de la structure familiale pour voir, comme Battle (1998), « qu'est-ce qui est mieux que d’avoir deux parents », ses travaux portant sur l'impact éducationnel des familles monoparentales ou biparentales sur les élèves afro-américains. On cherche à voir l'impact sur la performance scolaire de la présence d'un beau-père ou d'une belle-mère dans les familles reconstituées, et ce, en tenant compte du sexe et de l'âge de l'enfant (Coley, 1998; Mac Lanahan, 1999; Deal, 1998; Jeynes, 2000). On trouve, enfin, quelques études plus originales portant, par exemple, sur les mères et les grands-mères comme facteurs de réussite (ou « factrices » Hwang, 2002) ou encore, une relation peu étudiée, le partenariat entre les parents et les spécialistes de l'école (Jeammet, 1998). Cette dernière recherche nous permet d'aborder la question du partenariat avec l'école, que nous pensions trouver en première place.

Ce thème est encore très présent dans la littérature américaine puisqu'il se situe à égalité, en nombre de productions pour les six dernières années, avec le populaire facteur de l’aide aux devoirs (une douzaine de productions chacun). Aux États-Unis, l'engagement (involvement) du parent dans l'éducation scolaire doit encore se manifester par des liens concrets avec l’école et une présence physique dans l’établissement note de bas de page[1]. (Zellman, 1998; Finn, 1998; Ertl, 2000; Marcon, 1998; Hampton, 1998, etc.). Étrangement, puisqu'il ne s'intéressait majoritairement ni au statut socioéconomique des familles ni aux changements structurels, bien qu'un peu aux devoirs, le Québec, dans ses recherches en français sur la cible 2, semble redéfinir ce que les articles ou monographies nomment « l'implication des parents ». Quand on lit les résumés, les descripteurs, les extraits des recherches, on constate que le sens du mot « participer » y est nuancé par rapport à une définition plus ancienne. « S'impliquer » fait souvent référence, non pas aux types de participation définis par Henripin et Ross dans les années soixante-dix, soit au tout début de l'idée de partenariat (cf. Les parents dans l'école : ils font quoi? dans quelles limites? pourquoi et vers quoi?1975), mais plutôt à l'instauration de changements dans le quotidien familial afin d'accorder une place à l'école et à la scolarisation. Cette implication se manifesterait, évidemment, en tout premier lieu, dans l'aide aux devoirs et le soutien au travail scolaire, mais aussi dans les interactions et relations interpersonnelles en parlant, à la maison, de la vie scolaire de l'enfant (Adams, 2000; Luchuck, 1998). Très peu d'études sont consacrées à la défense d'un partenariat réel plutôt qu’à cette implication qui ressemble à un soutien parallèle de l'école à la maison, à une séparation et à une définition des rôles spécifiques de chacun dans la réussite scolaire. Le travail de Potvin, Deslandes et Leclerc (1999) sur la manière d’amener des parents à agir comme médiateurs entre la famille et l'école semble assez unique en ce qui a trait à cette vision de la communication famille-école. Enfin, il faut souligner que tous les facteurs liés aux pratiques parentales, aux attitudes éducatives, aux styles parentaux, sont nettement moins étudiés qu'ils le furent au début de l'apparition de la notion de résilience, il y a une dizaine d'années, bien qu'ils soient présents minoritairement dans la cible 2 (Shumow, 1998; Potvin et coll. 1999; Terrisse, 2000). Un seul travail mentionnait le facteur de l’état mental du parent (Wright, 2000) alors que, même si nous ne l'avons pas mentionné ci-dessus parce qu'il s'agissait d'un facteur minoritaire, l'anxiété, envers du sentiment de confiance, est mentionnée comme facteur influant sur la réussite des élèves dans la cible 1 (Mishra, 1997; Bossy, 2000). Sont aussi ignorées, du point de vue de la famille, les aspirations des parents en ce qui a trait au devenir scolaire de leurs enfants (Peisner, 2002), alors que tout ce domaine de recherche a fondé, il y a bien trente ans, tout un courant de recherche en socioéconomie de l'éducation avec Boudon. Soulignons, enfin, l'absence totale d'une perspective interculturelle, sauf pour Bernhard et son équipe du Ryerson Institute de Toronto (1999).


http://www.mels.gouv.qc.ca/dfga/politique/fecre/facteurs/analyse.html#_ftnref1 Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.[1] En général, dans le facteur du lien famille-école (participation des parents à l'école ou partenariat famille-école), on discute uniquement d'une relation ou d'une collaboration parent-maître et il semble donc que l'enseignant représente l'école à lui tout seul, comme le parent présent devient la famille. Fin de la note. (Retour au texte.)

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