Le revers de la médaille

Karim Boudi
École Sophie-Barat
Commission scolaire de Montréal

Depuis toujours, les grands événements sportifs sont associés à des valeurs telles que le respect, l’équité et le fair-play. Néanmoins, la réalité s’avère tout autre et, avec l’avènement de la mondialisation, les grands événements sportifs perdent de leur prestige. Dans cette optique, nous sommes en droit de nous demander, chers internautes, si les grands événements sportifs contribuent à améliorer le monde dans lequel nous vivons. Si l’on considère leurs impacts économiques et environnementaux, la réponse est indéniablement non. 

Tout d’abord, il faut nous rendre à l’évidence : l’esprit des grands événements sportifs n’est plus ce qu’il était. Autrefois, ces rencontres constituaient des moments privilégiés pour les sportifs qui désiraient se mesurer les uns aux autres, dans une ambiance solidaire et fraternelle. Aujourd’hui, c’est l’appât du gain qui motive les comités et les organismes chargés des événements. En effet, les institutions responsables sont de plus en plus gourmandes et leurs cahiers des charges de plus en plus exigeants. De ce fait, les pays organisateurs se voient obligés de payer des factures exorbitantes et dépensent plus que de raison. L’organisation de la Coupe du monde de soccer en 2014 au Brésil constitue l’exemple le plus marquant de ce modèle économique coûteux. D’après l’article « La Coupe de la honte » d’Agnès Gruda, paru le 12 juin 2014 dans le journal en ligne lapresse.ca, le Brésil aurait déboursé près de douze milliards de dollars pour organiser la Coupe. Cette somme est d’autant plus hallucinante lorsqu’on sait que le Brésil est un pays marqué par de nombreuses inégalités et qu’une bonne part de sa population vit dans la pauvreté. Le paradoxe a d’ailleurs conduit à une vague de contestations sans précédent dans le pays de la Seleção : enseignants, policiers, employés des transports, autochtones; tous sont descendus dans les rues pour dénoncer les bas salaires et les piètres conditions de vie. Par ailleurs, rappelons que toutes les infrastructures mises en place pour les grands événements sportifs ne sont guère faites pour durer. C’est là une deuxième contradiction : les pays investissent des sommes pharaoniques dans des aménagements qui ne serviront que l’espace de quelques semaines. Le gaspillage et ces pertes colossales nuisent énormément à l’économie des pays hôtes. En somme, les grands événements sportifs constituent un véritable désastre économique. De par leur nature éphémère et leur coût titanesque, ils vident les caisses des pays organisateurs, au seul profit des comités et organisations responsables. 

De plus, les effets néfastes des grands événements sportifs ne s’arrêtent pas là car ils ont également de lourds impacts sur l’environnement. Même si les organisateurs prétendent faire leur possible pour mettre sur pied des événements respectueux de l’environnement, la réalité est alarmante. D’après le site « consoglobe.com », les politiques environnementales des organisations ne sont que de l’« écoblanchiment », c’est-à-dire un procédé marketing qu’utilisent les comités responsables en investissant dans des publicités de façade plutôt que dans de réelles actions pour l’environnement. Les récents Jeux olympiques de Sotchi, en Russie, constituent un exemple représentatif de cette débâcle environnementale. À quelques mètres du village olympique, à côté d’infrastructures ultra-modernes et flambant neuves, se trouvaient des déchets sauvages. Faute de centres pour les trier, ils ont fini dans des cours d’eau, comme la rivière Mzymta. Par ailleurs, comme l’affirme Hervé Lethier, spécialiste du vivant et consultant pour le PNUE et l’UNESCO, « vouloir faire du développement durable avec les JO est un non-sens […] [car les Jeux produisent des effets à long terme] ». Ainsi, l’environnement souffre énormément à cause des grands événements sportifs, nonobstant les promesses de façade des organisateurs. Il paie en effet les lourdes conséquences de leur négligence totale et scandaleuse. 

En définitive, nous sommes convaincus que les grands événements sportifs ne contribuent pas à améliorer le monde dans lequel nous vivons mais qu’au contraire ils le détériorent. La cupidité et l’insouciance environnementale des organismes responsables gangrènent l’esprit de ces événements et nuisent énormément à notre société. Ce n’est que par une refonte totale et en profondeur des comités et des organisations sportives que nous parviendrons à faire des grands événements sportifs de véritables rencontres de partage et de compétitions saines et fraternelles.