Pourquoi un plan d'action

Pour une représentation plus objective et pragmatique du phénomène de la violence dans les écoles québécoises

Au Québec, la presse écrite et parlée fait fréquemment état des actes de violence des gangs illicites, de la violence dans les écoles ou de celle perpétrée par les jeunes dans les rues. En 2002, l’Organisation mondiale de la santé soulignait que la violence chez les jeunes était une des formes de violence les plus visibles dans la société. Par ailleurs, plusieurs sondages menés au Canada et aux États-Unis révèlent que, dans la perception des gens, les crimes, et en particulier les crimes commis par les jeunes, sont en augmentation. En réalité, depuis le début des années 1990, ces deux pays connaissent des baisses importantes au chapitre des actes de violence reconnus et jugés chez les jeunes (Ouimet, 2004).

Aucune étude rigoureuse n’a réussi à confirmer que les élèves d’aujourd’hui sont plus violents que ceux d’autrefois (Beaumont, 2007). Au contraire, des études répertoriées et considérées comme méthodiques ont plutôt démontré qu’il n’y avait pas de détérioration des comportements des élèves (Achenbach et Howell, 1993; Ende et Riethbergen, 1997; Achenbach, Dumenci et Rescoria, 2002; Beaumont, Couture, Fortin et Bourdon, sous presse). Il existe donc un écart entre la perception exprimée par l’ensemble de la population et les observations de la communauté scientifique à cet égard.

Est-ce à dire que la violence à l’école n’est que pure invention? Pas du tout. Les cas rapportés par les médias et par les différents intervenants du milieu scolaire sont bien réels. Plusieurs auteurs s’entendent pour confirmer qu’il y a un problème de violence dans les écoles bien qu’aucune base de données ne permette, au Québec, d’en documenter ni l’ampleur, ni la diversité, ni la fréquence, ni même l’évolution temporelle. Quel que soit le nombre d’actes violents ou leur fréquence, il est inacceptable que des élèves soient l’objet de menaces dans les cours d’école ou qu’ils soient frappés dans les autobus scolaires, que le personnel subisse des insultes ou qu’il ridiculise certains élèves ou encore que les biens de l’école soient vandalisés.

Porter un regard systématique sur ces questions devient essentiel pour bien cerner et décrire la situation actuelle de la violence, tant sur le plan local et régional que national. Certaines mesures du plan d’action, notamment le portrait national, celui des manifestations ainsi que le système de monitorage, permettront d’avoir une représentation plus objective et pragmatique des manifestations de violence à l’école et, par le fait même, de mieux orienter les mesures de prévention et de traitement de la violence.

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Pour une intégration des actions à l’ensemble des préoccupations et des activités éducatives

Les milieux scolaires font face à différentes manifestations de la violence telles que l’intimidation, le taxage, la discrimination, l’homophobie, le racisme, la violence physique et la criminalité au sein des gangs de rue, qui s’expriment dans divers lieux comme la classe, la cour d’école, les autobus scolaires, Internet (la cyberintimidation) et les jeux vidéo et qui se manifestent entre pairs ou entre jeunes et adultes et vice-versa. Les intervenants se sentent parfois démunis et seuls devant la tâche à accomplir. C’est pourquoi la lutte à la violence appelle une mobilisation de tous les acteurs.

Pour ce faire, l’école dispose de deux outils qui favorisent la création d’une dynamique d’intervention globale, intégrée et concertée, soit son projet éducatif et son plan de réussite. Ces outils deviennent des instruments privilégiés pour mobiliser l’équipe-école, structurer les priorités d’action en matière de prévention et de traitement de la violence ainsi que déterminer les objectifs à poursuivre, les moyens à mettre en place et les conditions de mise en œuvre à réunir, sans oublier les moyens pour en évaluer les effets. Les modalités retenues peuvent par la suite trouver leurs points d’ancrage, tant dans le Programme de formation de l’école québécoise qu’à l’intérieur des programmes des services éducatifs complémentaires.

Par ailleurs, les services éducatifs complémentaires prévus dans la Loi sur l’instruction publique et le régime pédagogique, organisés en programmes de services intégrés, offrent aux commissions scolaires et aux écoles la possibilité d’établir différentes stratégies pour répondre notamment aux besoins des jeunes en matière de prévention de la violence. Ainsi, les moyens proposés peuvent fournir aux élèves l’occasion de faire des choix en fonction de leur santé et de leur bien-être et encourager leur participation à des activités de sensibilisation à différentes problématiques pour qu’ils puissent explorer de nouvelles avenues et se prémunir contre les dangers et les abus. Dans ce type d’action, le rôle de spécialistes comme les psychoéducateurs, les psychologues, les techniciens en éducation spécialisée et les animateurs de vie spirituelle et d’engagement communautaire est des plus appréciés.

Le Ministère, par son plan d’action, veut faire en sorte que les mesures de prévention et de traitement de la violence soient davantage ciblées, structurées et intégrées à l’ensemble des préoccupations et des activités éducatives existantes dans les milieux. Ce plan devrait aider les milieux scolaires à intervenir de manière plus efficace sur les différentes manifestations de la violence et, plus particulièrement, à structurer leurs actions dans une démarche réfléchie, enracinée dans le plan de réussite de l’école. Cette façon de voir est d’ailleurs celle qui est mise en avant par le ministère de l’Éducation et de l'Enseignement supérieur et le ministère de la Santé et des Services sociaux dans l’approche École en santé.

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Pour prévenir et agir ensemble : la violence est l’affaire de tous

Depuis plusieurs années, le Ministère applique différentes mesures de prévention de la violence et collabore à la mise en avant d’actions variées comme :

  • la mise en place, dans chaque région, de ressources de soutien et d’expertise pour le bénéfice des élèves qui présentent des troubles du comportement;
  • le développement de la stratégie d’intervention Agir autrement (SIAA) pour les milieux défavorisés;
  • la collaboration au Plan d’intervention québécois sur les gangs de rue 2007‑2010 Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. mis en place par le ministère de la Sécurité publique, lequel plan démontre la volonté du gouvernement de coordonner de manière cohérente les efforts de plusieurs ministères dans la lutte contre la criminalité organisée par des actions qui portent autant sur la prévention que sur la répression;
  • la participation au comité interministériel de soutien aux différents programmes de financement en prévention de la criminalité;
  • la participation à la Table provinciale de concertation sur la violence, les jeunes et le milieu scolaire Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.;
  • la participation à la Table nationale de lutte à l’homophobie;
  • la mise en œuvre de certaines mesures contenues dans le Plan d’action gouvernemental en matière d’agression sexuelle et de violence conjugale.

De leur coté, les commissions scolaires et les écoles mènent également, de façon fort pertinente et profitable, plusieurs actions positives, selon différents niveaux d’intervention. Mentionnons notamment :

  • la mise en place de plans d’action locaux en prévention de la violence;
  • la mise en œuvre de la SIAA;
  • l’embauche de ressources professionnelles spécialisées en soutien aux intervenants et aux élèves;
  • l’élaboration d’outils, de programmes et de protocoles d’intervention portant sur les différentes manifestations de la violence à l’école;
  • l’élaboration de plans d’intervention en mesure d’urgence incluant différentes situations menaçant la sécurité des élèves et des adultes à l’école;
  • la collaboration et la concertation avec les services policiers (Programme d’intervention en milieu scolaire et autres);
  • la mise en œuvre de l’approche École en santé;
  • l’organisation de colloques, etc.

Cependant, malgré les efforts réalisés par les différents paliers d’intervention, il semble qu’aucune stratégie ne suffit à elle seule à favoriser le développement d’un milieu sain et sécuritaire et l’adoption de comportements socialement adaptés. Une approche globale, intégrée et concertée est par conséquent nécessaire et les moyens doivent être adaptés au milieu où ils seront appliqués. À cet effet, plusieurs mesures du plan d’action offrent aux commissions scolaires et aux écoles un soutien et un accompagnement dans la mise en place d’une démarche réflexive, structurée et cohérente en prévention et en traitement de la violence, comme l’embauche d’un agent de soutien régional, la mise en place d’un groupe-relais régional, les sessions de formation, l’outil de référence et la stratégie locale d’intervention.

Dans ces mesures, le plan d’action fait valoir l’importance du volet prévention dans les actions à mettre en place pour contribuer à l’instauration d’un climat sain et sécuritaire, favorable à la réussite de l’élève. Les commissions scolaires et les écoles sont invitées à réfléchir sur cette dimension, tant dans l’organisation de leur milieu que dans les interventions plus spécifiques, comme celles sur les mesures d’urgence.

Cependant, l’école ne peut agir seule. C’est pourquoi ce plan propose des moyens d’établir et de renforcer des liens de partenariat avec la famille, les organismes de la communauté et les ministères concernés par la question. Des mesures telles que la création du comité de concertation interministériel, la tenue du forum national, l’élaboration de la stratégie locale d’intervention ou encore l’instauration du service d’accompagnement des élèves suspendus ou expulsés peuvent permettre aux écoles et aux partenaires de se concerter sur les actions à réaliser ou à bonifier pour maximiser la prévention et le traitement de la violence.

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